Camões  
  Revista de Letras e Culturas Lusófonas  
 
 
  Numero 15-16     ·      Janvier-Juin de 2001  
 
 
  Abrégés en Français  
 
Mémoires de Pombal du Marquis de Bombelles

Agustina Bessa-Luís

Sebastião José est mort à Pombal, soit d'une pierre biliaire, ou d'un édème pulmonaire, ou bien de la simple nostalgie causée par la corruption physique. Il est mort peut-être tel Horace, à qui les pressentiments de Mécène ont fait dire: "un même jour apportera à nous deux la ruine". Et à ce moment-là le pays a repris son inévitable penchant à la paresse tribale, renfermé dans ses frontières et gardant pour les vieilles alliances une sorte de préférence qui se passe des affinités afin de respecter la loi de la parenté.

En 1786, Marc-Maria, Marquis de Bombelles, reçut de Versailles la mission de l'Ambassadeur de France à Lisbonne. Secrète, celle-ci consistait à éloigner le Portugal de son alliance avec l'Angleterre, en le faisant participer au Pacte de Famille qui unissait les Bourbons installés sur les divers trônes européens. Le 26 octobre 1786, Monsieur de Bombelles, avec femme, enfants, belle-sœur, confesseurs, secrétaires, laquais et cuisiniers, arrive au Tage et à ce fameux "bout du monde" où la diplomatie portugaise sombre noblement. Probablement descendant de portugais, d'une lignée juive, Bombelles nourrissait peut-être pour ce petit pays bien en retrait par rapport aux autres nations une sympathie qui souffrit un choc au moment de son entrée à la Cour de Lisbonne.

Bombelles, petit maître intellectuel et homme du XVIIIème siècle, doué d'une civilité du cœur, trouva une ambiance réservée mais viable et une série de salons encore hantés par le spectre de Sebastião José. Quelque chose l'unissait au Ministre disparu dix ans plus auparavant, puisque, dans son journal, Bombelles fait preuve, à chaque instant, d'appartenir au parti du vieux ministre tout en défendant sa position contre les attaques de ses ennemis.

 

Le Marquis de Pombal: un chef de gouvernement controversé

António Pedro Vicente

Personnage controversé, deux cents ans après sa mort, il mérite encore qu'on lui consacre une étude approfondie qui puisse aider à l'éclaircissement de son action, aussi bien sur le plan politique que sur le plan humain. Né en 1969 et mort en 1782, son existence traverse, pratiquement, tout le XVIIIème siècle. Ceci explique que l'Historiographie portugaise qui étudie cette époque s'intéresse vivement à la période avant et post Pombal. Presque trente ans de gouvernement pendant lesquels des événements importants sur le plan social, économique, militaire et culturel ont eu lieu, événements avec des mutations, en un sens, radicales, dans les divers domaines ont, forcément, fait de ce personnage l'objet des plus diverses spéculations.

En même temps qu'il mettait sur pied des réformes et des innovations, Pombal exerça son gouvernement d'une mais de fer. Il porta préjudice à un certain nombre de familles aristocrates, mais pas à toute noblesse. Il persécuta certains secteurs de l'Église mais pas l'ensemble de l'Église portugaise. Envisageant la partie comme une totalité, certains courants libéraux du XIXème siècle ont fait de Pombal leur héros et le maître de leurs idéologies. Du fait qu'il avait porté un coup aux Jésuites, la croisade anti-jésuite des républicains lui a consacré la plus grandiose statue de Lisbonne. De même, du fait de ces quelques familles puissantes détruites il devint, pour beaucoup, le protecteur de la bourgeoisie et, c'est ainsi que, du début jusqu’à la fin de ce "portrait" on réaffirme le manque d'objectivité qui caractérise, en général, les études sur Pombal. Indépendamment d'avoir été un bon ou un mauvais homme d'État, il fut sans aucun doute un despote, un tyran par beaucoup de ses actions, mais il fut aussi un réformateur et, surtout, le précurseur du Portugal moderne.

 

L'Ange Gardien du Marquis de Pombal

José Esteves Pereira

En 1775, à la Régia Oficina Tipográfica, un auteur anonyme a fait imprimer un opuscule apologétique intitulé PRIÈRES ET VŒUX DE LA NATION PORTUGAISE À L'ANGE GARDIEN DU MARQUIS DE POMBAL. Nous savons qu'il a été écrit par António Pereira de Figueiredo (1725-1797), le plus important théoricien du regalismo de Pombal. Il ne s'agit pas d'un texte de plus parmi les nombreux publiés à propos d'une soit-disante conspiration pour tuer le Marquis menée par un génois, Giambattista Pelle. En fait, le texte du prêtre oratorien Pereira de Figueiredo a une signification particulière para l'invocation qui y est faite de l'Ange Gardien du Portugal, élément symbolique de la représentation du pouvoir quand celui-ci est assisté par Dieu.

Il s'agit d'une composition littéraire dans laquelle, apparemment, on amplifie ce qu'on pourrait souhaiter en matière d'aide célestiale dans l'exercice du Pouvoir, le texte n'appartenant pas, en tout cas, à l'ensemble des déifications des Princes (ou à leur transformation en héros) - quoiqu’il y soit, surtout, question du Ministre Pombal -, que l'on voit se manifester tout le long de l'histoire européenne et qui connût son apogée avec Louis XIV et la célèbre identification de ce roi avec Alexandre le Grand. Cependant, le discours des Prières et Vœux renvoi, immanquablement, à la représentation de la sacralisation du pouvoir royal absolu où l'on reconnaît l'expression du jusdivinismo et du regalismo aussi bien qu'une attitude défensive avec l'exorcisme du Mal, où les Jésuites ne pouvaient être désignés autrement qu'en tant que coupables.

 

Pombal et l'Aristocratie

Nuno Monteiro

Le personnage de Pombal a marqué jusqu'à l'actualité de façon décisive les images de l'histoire du Portugal et du pays vu de l'extérieur. Dans n'importe quel manuel sur le XVIIIème siècle, le Portugal n'y figure que grâce au Marquis et réduit à son image. D'une certaine façon, cette emphase correspond à l'énorme impact que la propagande et le personnage ont eût à l'époque même. Pombal a fait publier des textes qui faisaient l'apologie de sa personne mais il a surtout attiré une attention indiscutable de la part d'un public cultivé européen, divisant les opinions et suscitant l'applaudissement ou le refus, particulièrement autour de trois questions: le tremblement de terre de 1755 e la reconstruction de Lisbonne qui s'ensuivie, l'expulsion et ultérieure extinction des Jésuites (expulsés de la Cour en 1757, et anéantis en 1759) et le supplice infligé aux condamnés de 1759 (connu sous le nom du massacre des Távoras). L'attentat contre le roi José et surtout le supplice spectaculaire infligé aux membres des maisons aristocratiques qui s'y sont trouvés impliqués constitue, ainsi, sans aucun doute, une des images de marque de la période de Pombal. Soit pour l'époque, soit plus tard, ils ont contribué à créer une dimension anti-nobiliaire au pombalisme.

Pour qu'on puisse discuter et analyser cette situation, il s'avère nécessaire d'introduire quelques distinctions essentielles. D'abord, il faut faire la différence entre les initiatives législatives et normatives et les dispositions politiques concrètes et casuistiques du pombalisme. Le résultat d'une telle démarche peut contrarier (et contrarie en effet) l'opinion courante. Ensuite, il faut souligner que quoique la législation pombaline contienne des dispositions qui concernent l'ensemble des statuts privilégiés, la catégorie juridique de la noblesse recouvrait au Portugal (pays possédant une nombreuse noblesse avec des limites diffuses, aussi bien avant qu'après Pombal) des groupes sociaux nombreux, diversifiés et hiérarchisés.

Le pombalisme et sa législation se sont avérés décisifs dans l'affirmation des fondements de la noblesse, la délimitation des catégories nobiliaires et de son éclaircissement. Une mince littérature ultérieure sur ce sujet, aussi bien que les nombreuses consultations des diverses institutions centrales de la monarchie, renvoient à chaque fois à la taxinomie présente dans la législation de la période en étude. C'est aussi à la période de Pombal que nous trouvons les expressions qui affirment l'importance de la Couronne par rapport aux statuts sociaux. Enfin, c'est dans la législation pombaline, particulièrement en ce qui concerne les mariages, qu'on trouve une des incursions les plus significatives dans le domaine, toujours confus, de l'hiérarchie nobiliaire.

 

Le Marquis de Pombal et les origines troubles de la Companhia Geral da Agricultura das Vinhas do Alto Douro (1756-1757)

Fernando de Sousa

Pendant le règne de José I, sur l’initiative de son ministre, Sebastião José de Carvalho e Melo, fut créée la Companhia Geral da Agricultura das Vinhas do Alto Douro, dont le siège se trouvait à Porto, et qui prétendait limiter la suprématie des anglais dans le commerce des vins du Alto Douro et résoudre la crise qui la région subissait.

La résistance et l'hostilité des anglais et d'une bonne partie de la bourgeoisie des affaires de Porto vis-à-vis de cette Compagnie, avant et après sa création, obligeront le Marquis de Pombal, en 1956-1957, à prendre de dures et répressives mesures, cependant déterminantes pour le succès de l'Institution, qui finira par avoir un rôle important dans le développement économique de Porto et de tout le Nord du Portugal.

 

Le Brésil à l'époque de Pombal

Jorge Couto

Le Brésil a été le fondement du système impérial lusitanien du XVIIIème siècle. Sa préservation et son développement ont donc été des préoccupations prioritaires de l'action gouvernementale pendant tout le règne de José I (1750-1777), couramment désigné comme l'époque pombaline. Sebastão José de Carvalho e Melo, conte d’Oeiras (1759) et Marquis de Pombal (1770), eût, d'ailleurs, un rôle fondamental dans la définition et l'exécution de cette orientation politique, soit en tant que Secrétaire d'État des Affaires Étrangères et de la Guerre (1750-1756), soit en tant que Secrétaire d'État des Affaires du Royaume (1756-1777).

Huit items font l'objet de l'analyse de l'évolution de l'Amérique Portugaise pendant le règne de José I: la démographie; l'immigration, le peuplement et l'importation de la main-d’œuvre esclave; la libération des indiens; l'expulsion des Jésuites; l'économie et le fisc; la délimitation des frontières, la politique militaire et les guerres luso-espagnoles pour la conquête des territoires sud-américains; l'organisation administrative et judiciaire et, enfin, l'enseignement et la culture.

 

Pombal et les Oratoriens

Eugénio dos Santos

Les rapports entre la Congrégation de l'Oratoire et le pouvoir politique ont été excellents, depuis le temps de sa fondation para Bartolomeu do Quental, le 16 juillet 1668, jusqu'aux premières années de gouvernement de José I, fait roi le 8 août 1750. Aussi bien Pedro II que son fils João V, leur dispensèrent protection et faveurs, particulièrement pendant la période joanina.

La situation pourtant changerait pendant le règne de José I, par l'intervention directe de son puissant ministre. Et, cependant, au départ, rien ne le laissait prévoir. Les néris étaient, à plusieurs titres, un ressort de modernisation de la société portugaise. Entre 1755 et 1760, le prestige des oratoriens étaie à son apogée: le prêtre João Baptista avait publié sa Philosophia Aristotelica Restituta, oeuvre de référence dans la modernité de la philosophie au Portugal, et l'expulsion des Jésuites les avait transformés en protagonistes et alliés du ministre pour ce qui était de combler la lacune ouverte dans l'enseignement. Ils écrivirent des manuels pour les études mineures, devenus des livres officiels, et qui connurent plusieurs éditions. L'entente entre Sebastião José et les oratoriens semblait parfaite. D'ailleurs, le début de l'ascension de Carvalho e Mello fut marqué par l'influence de l'oratorien Domingos Pereira, ancien Préposé de la Casa de Lisboa.

Rien ne faisait entrevoir une quelconque conduite de moindre considération envers eux e, encore moins, une poursuite acharnée de quelques-uns uns de ses membres, mêlée à une hostilité publique envers l'ensemble de la Congrégation.

Ce qui est certain c'est que les documents des anciennes institutions oratoriennes du nord ont à jamais passé sous silence la longue période du gouvernement de Pombal. Pendant quinze ans, entre 1762 e 1777, le plus profond silence règne dans le registre officiel. Comment comprendre ce vide immense? Quelle est sa véritable portée? S'il n'y avait eu encore des adhésions à la maison, la mort naturelle serait inévitable. Seule la chute du ministre a rétabli le flux des entrées et, donc, a pu assurer la continuité de l'institution.

 

La musique religieuse à période de Pombal

Cristina Fernandes

Pour l'historiographie musicale portugaise, le règne de José I est traditionnellement considéré synonyme de la présence de l'opéra au Portugal en tant qu'instrument de propagande du pouvoir royale, en même temps qu'un processus de sécularisation de la vie politique et culturelle se déroule. Cette période se trouve être à l'opposé du règne précédent de João V, qui centra sa politique musicale dans les cérémonies religieuses. Cependant, quoique sans la même valeur symbolique des décennies précédentes, la musique religieuse a été probablement le domaine musical le plus déterminant au Portugal dans la deuxième partie du XVIIIème siècle, d'une portée supérieure à celle de l'opéra auprès des diverses couches de la société.

La musique religieuse faisait l'objet d'un système complexe et plein de ramifications qui rassemblait plusieurs institutions dépendantes de la Cour, un grand ensemble de compositeurs et de ses interprètes, la formation de musiciens spécialisés dans ce répertoire, et l'engagement de compositeurs et de chanteurs italiens et l'importation de partitions.

Les entraves créées par le pouvoir à la prolifération de nouveaux espaces de convivialité (concerts publics, cafés, académies...), lesquels aboutiraient à une nouvelle pratique de la musique que la bourgeoisie urbaine avait déjà adoptée dans la plupart des pays européens, ont eu comme conséquence que cette même fonction se soit déplacée, au Portugal, dans le cadre religieux.

 

Le théâtre à l'époque de Pombal

Duarte Ivo Cruz

Le théâtre, pendant le long et puissant consulat du Marquis de Pombal, a souffert l'impacte direct des réformes et de la mentalité imposée par le "Ministre vigilant", expression utilisée par l'un des dramaturges les plus importants de l'époque, Pedro António Correia Garção. Cet impact et cette influence directe sur le théâtre et sur ses créateurs et agents peuvent être analysés sous deux aspects. D'abord, une réforme des systèmes de censure et de production et contrôle du spectacle, d'une certaine façon nourris par l'intensité du mouvement du théâtre populaire, appelé "teatro de cordel" (théâtre de ficelle) à cause de la façon assez grossière qui caractérisait les éditions et la vente des textes - vers 1800 - des pièces représentées aux théâtres du Bairro Alto, du Salitre et de la Rua dos Condes à Lisbonne et au théâtre São João de Porto.

Mais, plus important est le rapport intime et direct entre la politique du Marquis de Pombal et la doctrine et la pratique théâtrale de l’Arcádia Lusitana, véritable chambre de résonance, sous forme d'Académie, des réformes et de la mentalité de l'illuminisme de Pombal, de la même façon que les rues de Lisbonne sont tracées à l'aide d'une règle et d'une équerre, selon António José Saraiva. Il s'agit d'une dramaturgie parfois d'une certaine qualité mais toujours rigoureusement soumise à des règles statiques et techniques dont le résultat est plutôt inégal.

Correia Garção, Domingos dos Reis Quita, Cruz e Silva e Manuel de Figueiredo, entre autres, nous ont laissé une oeuvre théâtrale et poétique fort intéressante et d'une grande qualité, mais qui, outre sa valeur esthétique, s'avère être un document précieux d'une époque, d'une politique et d'une mentalité.

 

Réflexion sur Lisbonne au temps du Marquis de Pombal

José-Augusto França

Détruite par le tremblement de terre du 1er novembre 1755, la partie centrale de Lisbonne a été reconstruite para la volonté politique de Sebastião José de Carvalho e Melo, futur Marquis de Pombal, conformément au programme de l'Ingénieur chef du Royaume, Manuel da Maia, et aux plans de l'architecte Eugénio dos Santos, rapidement établis et sélectionnés, suivant une échelle correcte, moyennant législation économique, technique et juridique.

Dans cette situation historique, social et culturel, Lisbonne se situe entre St Petersbourg et Washington, fondées au début et à la fin du XVIIIème siècle et elle peut être définie comme la première ville moderne de l'Occident, dans le cadre de l'urbanisme des Lumières.

 

Plan [de Lisbonne] que sa majesté a fait...

Manuel Filipe da Cruz Canaveira

"La politique de l'Arcada" a été une expression en vogue à Lisbonne vers la fin du XIXème siècle. Les journaux la consacrèrent et le Diário de Notícias possédait une section du même nom sur les événements politiques de la veille.

On appelait "Arcada" la vaste loggia do Terreiro do Paço, symbole de l'architecture de l'État portugais, dont le pouvoir et le prestige a toujours été décisif dans un pays que, de part sa tradition historique issue du moyen-âge, a su affirmer son indépendance dans le contexte ibérique se basant sur une forte centralisation politique, laquelle, à son tour, a été à l'origine de la geste des Découvertes du XVème siècle et a créé les conditions nécessaires à la construction d'un vaste empire en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique.

Basé sur le Plan de Pombal destiné à l'alignement des rues et à la reconstruction des maisons publié le 12 juin 1758 (dont les dispositions impressionnent par le caractère illuministe de sa rationalité), le présent article fait quelques réflexions, parfois assez polémiques, sur l'évolution historique de la société portugaise pendant les derniers deux siècles et demi, essayant de mettre en évidence non seulement l'idée, bien connue, que la fondation de nouvelles villes et la construction de palais a toujours été une forme privilégié de "faire" de la politique, mais aussi que les espaces urbains ou des palais peuvent influencer de façon importante la manière de "se tenir" en politique d'une société.

 

Le Palais des Carvalhos de la Rue Formosa

António Miranda / Helena Pinto Janeiro

L'immeuble que nous identifions aujourd'hui en tant que palais Pombal n'est seulement qu'une partie d'un vaste ensemble actuellement désagrégé et appartenant à des entités diverses. Le palais original, du XVIIème siècle, aurait été commandé dans un style assez simples par Sebastião de Carvalho e Melo, grand-père du futur Marquis de Pombal. À son apogée, à deuxième partie du XVIIIème siècle, il présentait une vaste implantation en L, constituée par quatre bâtiments principaux qui s'articulaient comme un jardin scénographique en paliers.

Ce qui reste correspond à la partie centrale et principale du palais et appartient à l'Hôtel de Ville depuis 1968. Les difficultés du Palais Pombal se sont fait sentir au niveau de l'immeuble même et ont fini par aboutir à sa désagrégation au début du XXème siècle. L'Hôtel de Ville de Lisbonne a acheté le corps principal. À propos d'une intervention pour la consolidation structural et la reconstruction de la toiture, nous faisons connaître certains aspects de son architecture et de sa décoration découverts au long des trois derniers siècles.

 

La Raison dans la Jungle: Pombal et la Réforme Urbaine de l'Amazonie

Renata Araújo

En septembre 1751, arrivait à Belém le frère du marquis de Pombal, Francisco Xavier de Mendonça Furtado. Il avait été nommé Gouverneur du Grão-Pará et Plénipotentiaire des Demarcações. Il avait aussi un projet "réformateur" de la région.

Dans le domaine politique et économique, la réforme était basée sur trois pièces-clé: La Loi de la Liberté des Indiens et la création de la Compagnie Générale de Commerce du Grão-Pará et Maranhão, toutes deux de 1755 et le Directoire des Indiens, qui serait confirmé par le roi en 1758. Ces mesures constitueront les fondements sur lesquels va reposer l'administration de Mendonça Furtado qui prétendait, littéralement, redessiner l'Amazonie.

En effet, toute l'action pombaline de l'Amazonie est basée sur l'idée d'un nouveau "dessin". Dessin qui peut être lu dans les différentes significations du mot, étant donné qu'il n'impliquait pas seulement la fixation de frontières spécifiquement marquées dans l'espace, mais aussi qu'il avait un autre dessein, celui de la transformation du cadre socio-économique de la région, qui serait ainsi redessinée de façon illuministe.

Le processus, que nous désignons du nom de "Réforme Urbaine" de l'Amazonie, a débouché dans une "renaissance", qui n'a pas été simplement symbolique, de presque toutes les bourgades de la région. Les villes et villages ont été rebaptisés et pour la plupart redessinées pour que, dans sa nouvelle forme rationnelle et claire, ils puissent exprimer les valeurs idéologiques de la Réforme. Pour l'exécution de ce "discours de la forme" une fois de plus on a fait appel aux hommes qui depuis longtemps appartenaient à "l'école portugaise d'architecture et urbanisme" et dont Pombal avait sagement fait usage, soit dans le Royaume soit dans la colonie.

 

Les quotidiens de la vie de Lisbonne aux siècles de la modernité

Teresa Veiga

L'originalité de la vie de Lisbonne est foncièrement connue. Au fil des siècles, beaucoup de gens ont témoigné de cette existence spécifique. Cette originalité était le résultat des caractéristiques diverses de la cité dans le contexte national, sur le plan physique mais surtout humain. Dans ces descriptions ont peu apprécier les détails du quotidien, les diverses formes d'occupation et d'utilisation de l'espace, les gens.

Aux caractéristiques fixées par le type d'utilisation de l'espace correspondait une façon de vivre spécifique, qui supposait plusieurs activités économiques et professionnelles, autant que des formes particulières d'association et de vie quotidienne. Ainsi, sur un fond unique trouvons-nous plusieurs quotidiens, étant donné que la vie urbaine se déroulait dans des locaux spécifiques, élus pour des raisons diverses comme centres de convivialité destinés à des groupes socioprofessionnels. Nous apprenons comment la circulation était difficile à certaines heures dans les rues plus fréquentées, nous apercevons à Ribeira et au Terreiro do Paço les vendeuses, nous voyons des individus appartenant à des races différentes et parlant plusieurs langues, nous écoutons les chansons dans les tavernes et les jeux dans la rue. Nous apercevons aussi les mendiants et les vagabonds, les culs-de-sac étroits et sinueux et les maisons pauvres, où la vie était précaire et où les gens naissaient et mouraient très vite et surtout très tôt.

Mais, au-delà de l'appartenance à un certain quartier ou à certain groupe urbain, chaque résident, dans sa qualité d'individu, aussi bien qu'en tant que membre d'une famille, voisin ou citoyen, possédait des codes spécifiques de conduite face à la vie et à la mort qu'il importe de souligner, car ils sont la cause et la conséquence des quotidiens de la vie à Lisbonne.

 

De la Passeio Público au Parque da Liberdade

Françoise Le Cunff

La projection de la Promenade Publique, entre 1764 et 1771, lors du plan de réédification de Lisbonne, constitue, au Portugal, la première expression du désir d’un jardin public au moment où, justement, celui-ci commençait à être un équipement fréquemment intégré dans la reconstruction des villes européennes influencées par les idéaux des Lumières. Conçue comme une allée très semblable au dessin des mails et des cours, la Promenade Publique devait contribuer à l’ordonnance de l’espace public, à la beauté de la ville et à son assainissement. Elle devait aussi encourager la rencontre des classes sociales dans un espace arborisé spécialement conçu à cet effet, et à sa mutuelle et progressive acceptation. La Promenade Publique fut, cependant, détruite à la fin du XIXème siècle afin de permettre la construction de l’Avenue de la Liberté et l’expansion de la ville vers le nord. La municipalité de Lisbonne s’efforça de substituer cette Promenade par un autre jardin ou parc public. Elle organisa en 1887 un concours international afin de sélectionner un projet de parc à construire sur des terrains situés au nord de l’Avenue de la Liberté. Le nouveau parc qui devait couronner l’Avenue de la Liberté fut baptisé de Parc de la Liberté. Le programme du concours élaboré par la municipalité de Lisbonne s‘appuyait sur les principes du parc paysager. Ce style, érigé en modèle depuis les réalisations parisiennes effectuées entre 1853 et 1870, était considéré comme le paradigme de la modernité dans l’art des jardins urbains.

L’étude de la Promenade Publique et du Parc de la Liberté, comme s‘appelait initialement le Parc Edouard VII permet de reconstituer le processus de formation et de développement du concept de jardin public dans la capitale portugaise. L’analyse des projets rend compte des conceptions esthétiques et fonctionnelles qui leurs sont sous-jacentes et qui évoluent avec le temps.

 

La Place du Marquis de Pombal - un rond-point, une place, un lieu de mémoire(s)

Gabriela Carvalho

L'ouverture de l'Avenue de la Liberté pendant la deuxième moitié du XIXème siècle a permit à la ville son expansion vers le nord. Le projet de ce grand boulevard proposait, dès le début, qu'il débouche sur une place ayant au centre un monument au Marquis de Pombal. Les difficultés politiques et économiques ont ajourné le monument et l'encadrement urbanistique de la place. Cependant, le lieu se trouva au centre de plusieurs événements artistiques et politiques au début du XXème siècle qui ont marqué ses mémoires.

L'agrandissement de la ville vers le nord a déplacé le centre de la ville du Rossio vers la Place de Pombal qui est ainsi devenue l'une des places les plus marquées par l'Histoire et les plus remarquables de cette ville.

 

Rond-point du Marquês: "la ville ne tenait plus en elle-même" ou la monumentalité (im)possible

José de Monterroso Teixeira

Cinquante ans après le début des travaux d'ouverture de l'Avenue de la Liberté (1879) la question (jamais épuisé) do style pombalin est remise au débat public avec les projets de renouvellement de Rossio.

Le mythe est exorcisé cycliquement à travers la lecture idéologique à laquelle a recours l'histoire et traverse l'argumentation et la défense des positions.

La logique du développement, présente en tous les projets d'expansion de la ville et des infrastructures variées, se superposait à la carte territoriale et aux référents symboliques de la ville romantique, encastrée dans une pratique sociale qui se situe encore au cœur de la reconstruction du XVIIIème siècle.

L'idée de l'ouverture d'une voie centrale de pénétration du côté nord en construisant un grand boulevard existait depuis des dizaines d'années. Ce sera le ferme protagonisme de Rosa Araújo, Maire de Lisbonne entre 1878-1885, à en finir avec tous les délais.

 

 

 
 

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