Camões  
  Revista de Letras e Culturas Lusófonas  
     
  Numero 4      ·       Janvier-Mars de 1999  
 
 
  Abrégés en Français  
 
Almeida Garrett: presque un portrait

António de Almeida Santos

Après avoir ennoncé les différents aspects de la personnalité de Garrett, Almeida Santos centre son article sur les discours parlementaires du grand écrivain, soulignant son intéligence, le don de la parole et l'élocution juste et directe, et la pureté du langage qui constituent les marques fondamentales de Garrett parlementaire.

Avant d'avoir était élu député, Garret s'est tout de suite distingué par la redaction d'un ensemble de textes législatifs importants, sur des matières aussi diverses que la réforme de l'enseignement publique ou les droits d'auteur. Sur cette dernière question il a d'ailleurs entretenu une fameuse polémique avec Alexandre Herculano, qui avait de la chose une vision idéaliste et refusait de considérer la propriété littéraire comme une propriété quelconque. Garrett était d'opinion que les écrivains et les artistes doivent manger tous les jours comme tout le monde.

Garrett fut élu député plusieurs fois, ayant cependant refusé plusieurs places dans le gouvernement, préférant se consacrer à la tâche de législateur et de reformateur. Outre les aspects déjà mentionnés, le théâtre a aussi attiré son attention. Il élabora les projets de création d'un Théâtre National, du Conservatoire d'Art Dramatique et de l'Inspection-Générale des Théâtres et des Spectacles Nationaux. Son amour du théâtre a fait de lui un des maîtres fondateurs du Conservatoire, ayant même écrit des pièces de théâtre destinées à être représentées par les élèves. Mais, comme observe Almeida Santos, "entre les diverses luttes et les tâches importantes dont il a été chargé, il trouva toujours la force de donner de la continuité à l'exploration du filon inépuisoble de sa créativité artistique".

 

Garrett: romantisme et modernité

Ofélia Paiva Monteiro

Romantisme et modernité voilà deux concepts inscrits dans le procédé de création d'Almeida Garrett. L'assomption d'une nouvelle estéthique, quoique basée sur la formation néo-classique, est alliée à une notion de citoyenneté, exprimée dans sa permanente activité politique, tout le long da sa vie. En partant de ces prémisses, Ofélia Paiva Monteiro décrit l'évolution de Garrett, en tant qu'écrivain et en tant qu'homme politique, dans toute sa compléxité, soulignant en même temps la modernité estéthique de son oeuvre.

Dans Memória do Conservatório (Mémoire du Conservatoire), le poète écrit: "C'est un siècle démocratique le nôtre; tout ce qu'on fera, on le fera pour le peuple et avec le peuple... autrement, on le fera pas. (...) Les poètes sont devenus citoyens, ils ont pris part à la chose publique et ils considèrent que cette oeuvre leur appartient. (...) Donnez [au peuple] la vérité du passé, dans le roman et dans le drame historique, - dans le drame et dans le récit de l'actualité offrez-lui un miroir où il puisse se regarder et voir son temps, (...) et le peuple applaudira parce qu'il comprend: il faut comprendre pour apprécier et aimer."

Dans sa conclusion, Ofélia Paiva Monteiro observe que ce voeu fut accompagné d'une intense action socio-politique, exprimée aussi dans les autres grandes oeuvres de l'auteur. "Tellement siennes et tellement engagées [les oeuvres] dans l'histoire et la Nation, qu'elles révèlent la pleine assomption de la Modernité dans les perspectives accentuées: dans cette marque personnelle et innovatrice que ses thèmes et ses formes exibent (...)". Invention d'un théâtre nouveau, d'un roman nouveau et d'une poésie, laquelle, quoique ancrée dans dans la tradition populaire, s'assume comme pleinement moderne.

 

Garrett: un dramaturge moderne, lecteur des classiques

Aníbal Pinto de Castro

L'auteur analyse, dans ce texte, le rôle des classiques dans l'attitude esthétique de Garrett, soulignant que le Romantisme est né d'une rupture avec l'empire des modèles classiques qui avait dominé toute la Renaissance.

Garret ne fut pas, cependant, aussi radical, préférant une attitude écléctique, semblable à celle de Camões, incorporant l'héritage classique dans son langage, teinté d'une fine ironie.

C'est particulièrement dans le théâtre que la formation classique de garret se fait sentir. Amateur de la tragédie grecque, qu'il étudie de façon approfondie, il veut l'actualiser à la lumière de nouveaux principes. Pour Garrett, le drame est la forme qui convient le mieux au public moderne parce qu'elle remplissait la forme et la fonction pédagogique et sociale que la tragédie remplissait dans la polis grecque.

Le premier des romantiques portugais nous laissa de nombreux textes d'esthétique dans lequels il analyse son parcours en tant que dramaturge. Enfin, Aníbal Pinto de Castro conclut que l'héritage classique "offrit à Garrett les lignes essentielles qui déterminent la sobre contention, la pureté de l'équilibre et la sereine beauté de son âme de romantique: pour la discipline par laquelle elles lui firent dominer le feu des passions, pour le calme qu'elles ont apporté aux élans naturels et naturalistes de son caractère, pour la conscience qu'elles ont perfectionnée de son satut de citoyen et d'intervention publique et qui, en son nom, il eût en tant qu'homme politique et en tant qu'artiste, pour la configuiration "nobilitante" que ces lignes donnèrent à sa poésie, laquelle, tout à fait dans les canons de son époque, il trouva et valorisa dans la tradition nationale, dans la tradition historique et dans la mémoire littéraire."

 

Simplicité des colloques; défigurations

Vasco Graça Moura

Vasco Graça Moura, de manière exaustive et inovatrice, analyse ici l'écriture de Frei Luis de Sousa, faisant d'abord référence à Gomes de Amorim, qui dit que la pièce aurait été écrite en Mars/Avril 1843, et ensuite à Costa Pimpão, dans son analyse du cadre psycologique de l'auteur qui nous renvoit à des problèmes de conscience liés à l'existence d'une fille illégitime du dramaturge issue d'une relation avec Adelaide Pastor. Il référe également les diverses sources écrites sur la vie de Manuel de Sousa Coutinho, plus tard devenu le moine Frei Luis de Sousa, problématisant quelques aspects essentiels dans la version de Almeida Garrett, nommément la circonstance du tître, étant donné que le personnage n'intervient jamais sous ce nom-là, le rôle du pélerin, qui transforme le drame en tragédie, et le problème de la vraissemblance d'une reconnaissance du portrait de D. João de Portugal quelques 35 ans plus tard, et surtout la question de l'incendie mit par Manuel de Sousa Coutinho lui-même à sa maison de Almada, dont les raisons politiques s'avèrent douteuses, puisqu'il s'est precisément réfugié à Madrid, où il fut bien accueilli par Filipe III.

Le critique analyse aussi la question des rapports entre certains passages de Los Trabajos de Persiles y Segismunda de Cervantes et certains aspects biographiques de Manuel de Sousa Coutinho et de son personnage, et le langage de la pièce où "(...) Garrett a joué délibérament avec des procédés immédiats de l'oralité de son temps et avec les pulsions plus ou moins spontanées de sa propre personnalité littéraire (...) mais sans perdre de vue la dimension du tragique (...)". De plus, la dimension transtemporelle et l'efficace théâtrale de la combinatoire premonitoire dans le registe du mythe historique national et l'existence, en tant que vie personnele, des personnages sur scène se transforme en Leitmotiv et fait de Frei Luis de Sousa une pièce tout à fait classique du point de vue de la loi des trois unités: action, temps et espace, accompagnée d'une étude des personnages et de la thématique de l'Exil metamorphosé dans l'entrée au couvent (Madalena de Vilhena e Manuel de Sousa Coutinho), la mort (Maria) et la disparition (D.João de Portugal).

 

L’oeuf du serpent - Pour une lecture de l'amour dans Folhas Caídas

Fernando Pinto do Amaral

Folhas Caídas, le livre de poèmes que Garrett a écrit à l'Automne de sa vie, est intimement lié aux circonstances biographiques de l'auteurs. Un grand nombre de poèmes de ce livre est dédié, selon l'opinion de la plupart des critiques, à la Vicontesse da Luz, Rosa Montufar, la grande passion de Garrett. Pour Fernando Pinto do Amaral cette circonstance est, cependant, quelque peu secondaire face à la complexité des sentiments inscrite dans les poèmes, l'amour étant exprimé sous plusieurs formes. "L'amour comme sentiment affectif lié à l'expérience affective concrète de quelqu'un qui l'a savouré jusqu'à la dernière goute et qui a, de même, pris goût à son arrière-goût, à la saveur si souvent désagréable de sa présence."

Il importe, par contre, d'analyser le sentiment amoureux mis en jeu dans ce livre, parfois envisagé comme poison, d'autres comme souffrance, rarement comme une expérience heureuse. L'amertume parcourt ces poèmes avec des nuances diverses qui vont de la frustration au remords. Le magnétisme exercé par le sexe opposé est soit envisagé comme cynisme, soit il se transforme en violent amour-passion, pour se résumer, à la fin de l'oeuvre dans une expérience purement érotique.

De l'analyse de Fernando Pinto do Amaral émerge l'amour inoculé en tant que passion ministré par Eros "espèce de curare capable de paralyser sa vicitime". Dans le dernier poème de Folhas Caídas, l'amour est comparé au serpent vénimeux, "mystérieusement conçu et incubé dans le propre coeur du sujet, comme un parasite, un cancer, un oeuf malin qui se nourrit et grandit aux dépens de son hôte, au fur et à mesure qu'il le tue afin de survivre."

 

Le Portugal dans la balance politique de l’Europe - «Une charte de Marin»

José Esteves Pereira

L’oeuvre de Almeida Garrett Portugal na balança da Europa fait partie des écrits politiques de l’auteur. Il s’agît d’un ensemble d’articles publiés dans deux journaux portugais entre 1825 et 1830, et plus tard assemblés en livre et edités à Londres, où l'écrivain se trouvait, éxilé. Le contexte politique dans lequel l’oeuvre fut écrite s'avère décisif pour la compréension de ses idées, étant donné qu'elle se situe entre la contre-révolution migueliste et l’institution de la monarchie de Juillet, en France qui fait monter Louis-Philippe au pouvoir.

José Esteves Pereira part de ces donnés pour l'analyse du livre, faisant le tour des concepts de civilization et de liberté, qui constituent les vraies notions régulatrices de la pensée garrettienne.

Ayant pour point de référence le cycle des années vingt, selon Garrett ce n’est pas le manque de préparation des peuples pour jouir de la liberté qui justifie l'insuccès de la première révolution libérale; "l’idée de liberté est enracinée aussi bien dans le penchant naturel des hommes à être libres, que dans l’affirmation historique de la «classe moyenne» qui deviendrait la seule vraiment influente en Europe Occidentale". Le paradigme de Garrett est, peut-on conclure, essentielement la révolution americaine, quoiqu'il en manque pas d'analyser aussi les effects de 1789 dans la pensée libérale, et en Europe et au Portugal.

 

Le dialogue entre l’écrivain et le citoyen

Teresa Sousa de Almeida

Teresa Sousa de Almeida nous propose ici une analyse des relations entre Garrett écrivain et Garrett citoyen, activement engagé dans les destins politiques de son pays. L'auteur du XIXème siècle est lui-même conscient des difficultés de son parcours parsemé de faux départs, de progrès et de reculs, d'écueils qui correspondent enfin à l'époque extrêmement conturbé oú il a vécu. La rupture proposée par Garrett se manifeste non seulement en termes estéthiques, avec l'introduction du Romantisme au Portugal, mais surtout en termes politiques. Il est d'ailleurs difficile de séparer l'un de l'autre, tellement ils sont intimement liés dans sa pensée. Teresa Sousa Almaida explique que "Garrett essaye de prouver que son destin individuel est indissolublement lié au destin de la Nation (...) qu'il essaye de concilier ce que, par nature, semble inconciliable, à la recherche d'une cohérence qui, puisque précaire, n'est jamais définitive et qui, par le fait d'être contradictoire, finit para se reveler atravers son instabilité même."

Le poète abandonna plusieurs fois l'activité littéraire pour se consacrer à la politique, sans jamais perdre de vue que sa plume était, elle aussi, une forme d'intervention sociale par son action d'éducateur et de pédagogue, une de ses carcatéristiques premières. Pour Teresa Sousa Almeida c'est "seulement quand il semble croire à la poésie que Garrett parvient à fondre sa double condition d'écrivain et d'homme politique. (...) Entre la perte de l'origine et la decéption du présent, l'écrivain essaye de faire entendre sa voix, cherchant à ouvrir de nouveaux chemins, ou de corriger des erreurs anciennes au nom d'un projet littéraire dont il énnonce la cohérence mais qui ne se revèle que par ses propres contradicitions."

 

Une éducation «à la Garrett»

Manuel Filipe Canaveira

Manuel Canaveira présente dans cet essai les divers aspects du Garrett éducateur, depuis le réformateur de l'enseignement public jusqu'au déffenseur du progrès culturel de la société.

Almeida Garrett écrit, en 1829, le traité Da Educação (De l'Education), où il expose de façon détaillée ses idées sur ce que doit être l'éducation des diverses couches sociales, dans le cadre du progrès social des peuples. Quelques années plus tard, influencé par les réformes de Mouzinho da Silveira, il publie le Plano da Reforma Geral dos Estudos (Plan de la Réforme Général des Études) qui lui avait été solicité par la régence, document officiel destiné à établir les bases d'une instruction publique libérale, dont il était grand partisan, estimant qu'elle seule permettait le progrès social et culturel de la nation.

Garrett s'occupe de problèmes aussi divers que l'éducation des enfants et des femmes, fournissant des conseils utiles qui leur permettent une intégration positive dans la société. Un autre aspect qui mérite l'attention de l'écrivain est la nécéssité urgente d'une réforme ortographique ayant pour but rendre de la dignité à la culture portugaise.

Comme fait remarquer Manuel Canaveira, sa vision "dominée par une conception intrinsèquement "utilitariste" (basée sur l'idéal du bonheur sociale) sépare, dès le début, les types d'éducation qui conviennent aux citadins et aux paysans (...). L'indépendance des individus laquelle, pour le commun des mortels, selon l'opinion de Garrett, ne peut être atteinte sinon par une proféssion socialement reconnue, le mène à lutter pour une éducation polyvalente qui puisse donner à chacun l'occasion de supérer les vicissitudes de la fortune."

 

Garrett dans le journalisme

Ernesto Rodrigues

L'article de Eernesto Rodrigues propose une analyse de la présence d'Almeida Garrett dans la presse de son temps., dans un cadre spécifiquement littéraire et civil, évitant don d'aborder dans cette étude sa présence dans les journaux en tant qu'auteur de feuilletons et que journaliste proprement dit.

On aligne, donc, "(...) des réactions, peu ou guère connues, à son oeuvre, (...) des éloges et des appuis, mais aussi (...) des réserves et des attaques qui lui sont portés (...)", en évoquant d'abord un groupe d'auteurs qui réunit sous le nom de "Prole de Garrett": José Osório de Oliveira, António Pedro Lopes e Mendonça, Júlio César Machado, António Augusto Teixeira de Vasconcelos, José Saramago et José Gomes Ferreira.

Des journaux tels que O Biógrafo, la Revista Universal Lisbonense, A Ilustração, O Mercúrio Lisbonense, O Barbeiro, O Correio, publiés à Lisbonne, la Revista Literária, O Artilheiro, O Periódico dos Pobres do Porto et O Athleta publiés à Porto, en passant par A Revista Académica de Coimbra et The Foreign Quaterly Review de Londres et deux autres publications qu'il a lui même dirigé (O Portuguez et O Chronista), présentent plusieurs commentaires, de toutes sortes, sur l'oeuvre de l'ecrivain. La poésie, qui a des journaux spécialisés tels le Parnase Moderne, de Lisbonne, la Lyra da Mocidade, de Porto, ou O Novo Trovador, de Coimbra, entre autres - font la critique du Garrett-poète.

 

O Toucador – journal sans politique?

Irene Fialho

Irene Fialho présente dans ce texte O Toucador, écrit en collaboration avec Luís Francisco Midosi, quand Garrett avait seulement 23 ans. Il s'agissait d'un journal de nouveautés, avec des informations susceptibles d'interesser les dames de la haute société de Lisbonne: mode, flirts, bals, jeux, théâtre et une partie littéraire essenciellement constituée de poésie.

Garrett fait le récit des derniers évènements sociaux, mais il prétend également éduquer. Dans la page consacrée au théâtre, il écrit longuement sur l'histoire de cet art, ne manquant pas de citer des auteurs portugais tels que Gil Vicente.

Quand aux poèmes que l'auteur publie dans ce petit journal, "ils sont encore très attachés au goût classique, qui était celui de la formation d'un auteur qui ne s'était pas encore libéré de sa formation arcadique."

Irene Fialho rend compte également du fait que Garrett, qui dédie ces pages à sa fiancée de l'époque, Luisa Midosi, ne peut pas s'empêcher de faire des commentaires politiques chaque fois que la situation portugaise s'y prête. Et elle conclut:

"Oeuvre oubliée, marquée plutôt par une sorte d'inexpérience, O Toucador (...) fonctionne presque comme un cahier dans lequel l'auteur prendrait ses notes pour des écrits postérieurs, car Garrett, d'après l'opinion de Ofélia Paiva Monteiro, "grandit" avec son siècle, dans une harmonie historique et chronologique qu'on ne trouve pas facilement chez d'autres écrivants."

 

Garrett et le dandysme

Álvaro Manuel Machado

En analysant le rôle du dandysme chez Almeida Garrett, Álvaro Manuel Machado commence par définir ce concept dans le contexte de la formation du Romantisme en Europe. Dandy est un mot anglais, associé à une mode sociale et littéraire exportée ensuite dans d'autres pays européens.

Dans le cas de Garrett, la notion de dandysme n'est pas aussi limitée; elle implique aussi une attitude culturelle, qui met en rapport le dandysme et l'imaginaire romantique, en même temps qu'un autre élément fondamental dans la formation de cet écrivain: l'exil. Outre la façon extravagante de s'habiller que Garrett adopta et qui sera suivie par les hommes de la meilleure société de Lisbonne, le dandysme devient constitutif du phénomène même de la création littéraire, dans le sens de l'adoption d'une "duplicité ironiquement romantique" qui sera une des caractéristiques les plus marquantes de son écriture.

Le dandysme de Garrett influença d'autres écrivains portugais de la fin du XIXème siècle, dont António Nobre. Mais ce fut Raul Brandão qui le définit d'une façon exemplaire: "(...) je n'envisage pas les futilités de Garrett comme le rire banal de tout le monde. Atravers ces petits ridicules, je sens, je ne sais pas bien pourquoi, un énorme désespoir. (...) sous le masque du dandy il y avait certainement un homme qui souffrait parce qu'il se sentait profindément ridicule."

 

Images du Brésil dans l’oeuvre de Garrett: innovations et exorcismes

Maria Aparecida Ribeiro

Les images du Brésil dans l'oeuvre de Garrett surgissent dès ses premiers textes, que ceux-ci soient poétiques, comme O Brasil Liberto (Le Brésil libéré) et O Roubo das Sabinas (Le ravissement des Sabines", ou bien politiques - cas du Portugal dans la Balance de l'Europe. Quoique l'image du Brésil soit toujours présente en fonction de l'Europe, les textes de Garrett sur le Brésil éxibent l'idéal de liberté toujours déffendu par l'auteur.

Dans des oeuvres telles que O Ananás, Caramuru ou Komurahy, Garrett utilise les déscriptions de paysages et de moeurs locaux pour donner de la couleur et un peu d'exotisme, conseillant, d'ailleurs, les écrivains brésiliens d'utiliser les descriptions de leur pays afin de créer une litérature qui leur soit propre. L'intention de Garrett est d'ailleurs celle d'écrire de la littérature brésilienne. "En fin de compte, il était nécessaire de lutter contre l'influence de la France et d'autres formes étrangères et il y avait une dispute pour l'hégémonie de laquelle il fallait tenir compte."

Garrett s'intéresse aussi, et il le prouve dans ses textes, aux problèmes politiques qui affectent le Brésil et ses rapports avec le Portugal de l'époque. Des questions telles que la haine raciale, l'extinction des indiens, l'abolition de l'esclavage et l'émigration, aparaissent constamment sous sa plume.

 

Les deux tableaux de Garrett

José-Augusto França

L'auteur annalyse dans ce texte les rapports de Garrett ave la peinture se basant sur deux tableaux: La Mort de Camões de Domingos Sequeira et D. Filipa de Vilhena faisant ses fils cavaliers de Vieira Portuense. Pour J. A. França, ces deux tableaux correspondent à deux périodes de la vie de l'auteur. La première, celle de l'éxil, partagée avec le peintre, tous les deux fuyant les partisans du roi D. Miguel, et vivant à Paris, la patrie de tous les exilés. Garrett vit le tableau au Salon, et il en fut très ému, d'autant plus qu'il avait déjà écrit le poème Camões, dans la tradition arcadique, qui était celle aussi de Domingos Sequeira, bien que le poète fut en début de carrière et le peintre à la fin de la sienne.

La deuxième période, celle de la consécration au Portugal, de sa vie publique de parlementaire et d'homme politique, mais aussi de la pleine assomption esthétique du Romantisme.

Il n'est pas probable que Garrett ait connu le tableau de Vieira Portuense. Le thème avait déjà fait l'objet d'une pièce, représentée par les élèves du Conservatoire, en 1840. José Augusto França pense qu'il s'agit probablement d'une coincidence, puisque le thème sortait tout droit des petites histoires du XVIIIème siècle, de la plume du Comte d'Ericeira, responsable du récit de la scène patriotique dans son Histoire du Portugal Restauré. Mais l'aura romantique du topos aurait attiré le pré-romantique Vieira Portuense et elle est susceptible d'expliquer, éventellement, son utilisation par Garrett, qui observe à ce propros: "Elle est classique cette pièce? Nous ne le savons pas; elle en a quelques aspects. Est-elle romantique? Par moments, elle nous semble avoir la vigueur d'action et de diction qui l'emporte sur les plus osés de l'école." Cependant, la rétorique présente dans le tableau renvoit irrésistiblement à la pièce, dans un paralélisme esthétique et d'expérience de vécue qui unit ces deux grandes personnalités du XIXème siècle portugais.

 

Mérope de Almeida Garrett - Une ópera de Joly Braga Santos

Piedade Braga Santos

La première de l'opéra Mérope de Joly Braga Santos, sur la pièce de théâtre homonyme d'Almeida Garrett, eût lieu en Mai 1959 quand l'auteur avit trente-cinq ans. C'est une oeuvre appartenant déjà à la maturité et, du point de vue de l'évolution esthétique de son auteur, elle se situe à la fin de la premiére période, quand, au cours d'un long séjour à l'étranger, JBS commence à se libérer des amarres du langage modal qui lui avait été légué par son maître, Luís de Freitas Branco.

Les traits principaux de la personnalité créatrice de JBS, dans le domaine de la création, suggèrent immédiatement des affinités d'attitude avec Almeida Garrett. Le premier grand romantique portugais ne réussit jamais à rompre totalement avec les valeurs de sa formation classique. Reffusant le radicalisme, tous les deux ont préféré une attitude ecléctique particulièrement évidente dans la pièce de Garrett.

Quand aux raisons qui ont dicté le choix de ce thème, l'auteur nous dit:

"Une de mes préoccupations en choisissant un sujet de la tragédie greque à mettre en musique, a été de m'appuyer sur les fondements de notre culture classique greco-latine, réagissant ainsi contre la tendance de la plupart des compositeurs contemporains qui cherchent de préférence les expréssions du barbare et de l'éxotique. L'homme moderne ressent de plus en plus un besoin de logique, de raison et de clarté et le devoir de l'artiste est de répondre à ce besoin".

Deux autres aspects ont été importants: d'une part, le contexte historique de la pièce, une tragédia classique qui épousait parfaitement son style musical, basé sur les modes de la Grèce Ancienne; et d'autre, Joly Braga Santos aimait spécialement écrire pour des coeurs, et le rôle fondamental du coeur dans la tragédie greque venait à l'encontre de ce goût personnel.

 

 

 
 

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